Il faut un peu de patience pour apprécier le premier roman traduit en français de Federica Manzon. Parce qu'il n'est pas franchement linéaire; l'intrigue en effet procède par à coups, fait des allers-retours entre l'enfance et l'âge adulte, mais surtout entre deux pays. Trieste est une ville frontière, encore italienne mais si proche de l'Europe de l'Est que ce qui se passe du côté de la Yougoslavie a forcément des répercussions de l'autre côté. D'autant que les personnages ne cessent de passer la frontière, une frontière apparemment très poreuse, alors même que la guerre est sur le point d'éclater. La guerre et surtout le pays puisque l'autrice situe son roman dans les années 90.
Comprendre comment et pourquoi commencent les guerres n'a rien d'évident. Grandir dans cet environnement trouble et comprendre qui on est, n'a rien d'évident non plus. Mais le parralèle entre les deux situations est forcément intéressant, et fonctionne uin peu comme une métaphore. La complexité de la situation personnelle d'Alma, le personnage principal, est à l'image de la complexité de la situation politique.
Pour dire une ville entre deux mondes, pour faire vivre des personnages entre deux périodes de leur vie, il n'était pas possible de faire avancer le livre en ligne droite, il fallait jongler entre plusieurs points de vue, expliquer parfois, suggérer souvent et laisser des points dans l'ombre ; un entreprise difficile, mais finalement réussie.








